Semaine du 17 septembre 2017

INTERVIEW DE VALÉRIE CARLOTTI, FONDATRICE DE LA BOUTIQUE CARLOTTI (11/09)

Amoureuse du beau, Valérie Carlotti, fondatrice de la boutique Carlotti à Paris, nous livre ses convictions et le souvenir de ses débuts dans le milieu de l’optique.

Pouvez-vous brièvement nous expliquer ce qui fait l’identité de Carlotti ?

L'identité de la boutique tient à plusieurs choses. Tout d’abord, il faut savoir que je ne viens pas du monde de l’optique. Je suis arrivée avec un regard différent sur le métier. Pour moi le conseil en style et en image est très important.
Nous adaptons nos conseils en fonction du style de vie de nos clients, en recommandant notamment des verres qui se prêtent à des besoins quotidiens.
Est-ce que le client passe la plupart de son temps au bureau ? Est-il sportif ? Voyage-t-il beaucoup ? Nos recommandations sont ultra personnalisées. Cela nous tient à cœur, car c’est une promesse courante, mais rarement honorée.

Quel type de clientèle avez-vous ?

Elle est composée d’entrepreneurs, de personnes du milieu des affaires, du design, de la photo, du web, de musiciens, de célébrités ; tous ont en commun l’amour du bel objet et l’envie de se distinguer entre autre grâce à leurs lunettes.

Vous vous considérez comme des alchimistes de l’allure. Pour vous qu’est-ce que l’allure en optique ?

Les lunettes font partie intégrante de l’allure. Dans un cadre de communication, le visage et les yeux sont ce qu’on remarque en premier. Lorsque l’on conseille une monture, on ne peut pas la détacher du reste, de ce qu’est la personne, de son style, sinon cela tient du déguisement. Certaines personnes réservées verront les lunettes comme une protection, d’autres comme révélatrices de leur originalité. C’est à mon sens un objet extraordinaire car il permet de faire beaucoup de choses.
En bref, notre travail c’est de créer une alchimie entre une monture et une personnalité. Cette rencontre harmonieuse et heureuse, c’est l’allure.

Avez-vous le souvenir de votre premier salon professionnel ?

C’était il y a une dizaine d’années, à Paris, au SILMO. Il s’agissait de ma première grande rencontre avec des lunetiers. A ce moment-là, on trouvait très peu de lunettes de créateurs dans les magasins, même chez les opticiens indépendants.
C’est par le design que je suis arrivée dans cet univers, en tant que consommatrice, je ne le trouvais pas. Je suis allée sur ce salon à la recherche de cet aspect là de la création, et j’ai été charmée.

Aujourd’hui, ma vision du futur pour la lunetterie créateur est un peu alarmiste. On trouve beaucoup de « faux créateurs » qui font un mélange de designs qu’ils trouvent chez les autres, ce sont des marques qui n’ont aucune créativité. Personnellement, je choisis avant tout un univers de création innovant et propre, qui reflète à juste titre le prestige de cette niche en lunetterie.

Cette année qu’allez-vous rechercher au SILMO ?

La plupart du temps, je n’attends pas les salons pour aller à la rencontre d’une marque si elle me plaît, je cultive une forme d’impatience. Je veille tout au long de l’année. Dans tous les cas, nous n’intégrons pas beaucoup de nouvelles marques d’un seul coup parce qu’il faut former les équipes d’opticiens à les maîtriser.
Sur le salon je reste néanmoins à l’affût de nouveaux lunetiers, j’observe ceux que j’ai vus les années précédentes parce que j’attends toujours de voir comment ils évoluent et de mesurer leur force de création sur la durée. J’ai également un intérêt prononcé pour les matériaux nouveaux.

Je suis beaucoup les marques japonaises comme Yuichi Toyama par exemple. J’irai sans doute voir VAVA parce que j’ai décelé une belle cohérence dans leur travail.
J’observe également attentivement les lunetiers italiens, il y a actuellement une renaissance de la création en Italie. A cela près qu’il est parfois difficile de savoir où ils fabriquent, ce qui est contraire à notre fonctionnement.
Je privilégie les ateliers de lunetiers plutôt que les fabrications en masse, pour des questions de traçabilité, d’éthique et de conditions de travail notamment.

Quelles furent vos rencontres les plus marquantes sur ce salon ?

Sans doute celle avec Lucas de Staël qui officiait à l’époque sous le nom Undostrial, ils fabriquaient notamment des montures en gomme et en acier chirurgical. J’avais beaucoup aimé la démarche de ce designer qui était pour le moins innovante.
Dans le même esprit, je suis ROLF depuis leur premier SILMO à Paris. Ils apportent énormément d’améliorations techniques à leurs produits, année après année. Le désir d’innovation est très fort chez eux. Leur passion et leur implication leur ont permis de se développer à l’échelle mondiale.

INTERVIEW DE JOËL MENDIBURU DE MENDIBURU OPTICIEN À BIARRITZ (13/09)

Joël Mendiburu est tombé à l’âge de 15 ans dans la lunetterie, et il n’en est jamais reparti ! Il transmet et partage sa passion inlassablement chez Mendiburu Opticien à Biarritz.

Qu’est-ce qui a fait votre notoriété ?

Mendiburu Opticien existe depuis une vingtaine d’années maintenant. C’est sans doute ce qui fonde notre notoriété aujourd’hui d’une part. D’autre part, je dirais qu’il s’agit du choix de nos collections, qui a d’emblée été pointu. Lorsque j’ai commencé, j’étais seul et l’univers de l’optique à l’époque était assez classique. Dans les années 90, dans ma ville et dans la région, nous n’étions que deux à avoir cette orientation.
Les choix de Mendiburu Opticien et la façon de les mettre en avant ont marqué pour sûr.
On a gardé le même état d’esprit, la même qualité de travail, les mêmes valeurs, notre constance est une grande force. Nous sommes également à l’origine du label d’opticiens indépendants Eye Like. En somme, c’est un ensemble d’éléments qui ont construit notre image.

Quels sont les engagements et les valeurs qui vous portent ?

C’est l’amour de la création ; la générosité avec l’équipe, avec les clients, avec les personnes du métier que nous aimons recevoir. L’authenticité a également une grande place dans notre démarche : nous préférons toujours les originaux aux copies, par exemple.
Il est aussi question d’éthique, que ce soit sur la provenance des produits ou sur la façon de travailler, nous sommes transparents et honnêtes.
Enfin, la passion est l’élément qui fédère tout. Si je n’ai pas moi-même la chair de poule lorsque je découvre l’univers d’un lunetier, je serai bien incapable de proposer ce même produit à mes clients. Tout est une question d’émotion et de partage.

Si je cherche des lunettes légères, que me conseilleriez-vous ?

À mon sens, le critère de la légèreté est très trompeur. Le véritable paramètre est plutôt le chaussant. Quel que soit son design ou sa forme, si la lunette chausse bien, le confort sera optimal.
Si on ne s’en tenait vraiment qu’au poids, très concrètement, les montures en titane et en métal d’Ic! Berlin, de Mykita ou de Lindberg correspondent. Mais on a aussi d’autres matières exclusives comme l’acrylique du créateur Kirk & Kirk qui parvient à faire des lunettes très légères tout en gardant des lignes épaisses. Cette matière est un gros point fort pour eux.

Depuis quand travaillez-vous avec Kirk & Kirk ?

C’est une relation historique puisque nous travaillions avant cela avec Kirk Originals. Lorsque Jason et son épouse ont créé Kirk & Kirk, nous les avons naturellement soutenus dans cette aventure car il y a un véritable lien d’amitié qui s’est créé.
On apprécie l’authenticité de leur histoire, leur travail est très beau avec une véritable sensibilité pour la couleur mais aussi un parti pris pour l’orfèvrerie avec leur collection bijou Vivarium.

Vous parlez de couleurs, quels lunetiers illustrent bien cette sensibilité pour vous ?

Chez Kirk & Kirk on a des couleurs uniques très transparentes, tout comme on peut avoir des bleus très profonds, et du relief avec des paillettes. Le créateur Kuboraum a des noirs très puissants splendides, avec beaucoup de densité et d’effets. Les plaques d’acétate vintage d’Hervé Domar cette saison étaient très réussies également.

Quelles ont été vos dernières trouvailles ?

On est très fidèles de manière générale, on garde longtemps les lunetiers avec lesquels on travaille. Récemment, le lunetier Movitra a fait son entrée au magasin, le concept est amusant et frais. En entrée de gamme, nous avons aussi commencé à travailler avec la marque italienne Eyepetizer. Sans oublier le lunetier Jacques Marie Mage fraîchement arrivé !

INTERVIEW DE LA DESIGNER CAROLINE ABRAM (15/09)

Lunettes Originales a rencontré Caroline Abram, un moment privilégié durant lequel la créatrice a partagé sa passion des lunettes. Un très bel hommage pour l’accessoire, mais également pour les personnes qui le porte…

D’où puisez-vous votre inspiration ?

Mon inspiration découle toujours de la matière ou de la forme. Si l’on prend le nylon par exemple, c’est en voyant le matériau que j’ai voulu concevoir une collection qui lui soit entièrement dédiée. J’ai utilisé des jeux de couleurs particuliers pour réchauffer la matière; j’ai donné aux branches des courbes arrondies, en forme de vague, pour apporter de la féminité à l’ensemble ; j’ai également ajouté du titane pour conserver la légèreté du produit… De manière générale, je travaille toujours de façon à sublimer les matériaux.

Lorsque vous créez vos lunettes, quel objectif gardez-vous en tête ?

Je ne veux pas que les lunettes se voient plus que la femme qui est derrière. Je souhaite habiller la femme, peut-être un peu timide, pour lui permettre de se sentir bien avec des choses plus extravagantes. Je veux qu’on la voie, qu’elle se sente belle. Pour moi, l’important est que la femme se sourie lorsqu’elle se regarde dans le miroir, qu’elle se plaise davantage avec ses lunettes que sans. La monture doit être considérée comme un atout : elle permet de tricher en cachant les cernes, d’apporter une lumière incroyable au visage… C’est un accessoire à part entière, comme une paire de chaussures ou un sac à main !

A quoi pensez-vous lorsque vous imaginez des lunettes ?

Mon souhait est que les lunettes aident les femmes à se sentir mieux dans leur peau. Et pareillement pour les enfants d’ailleurs… Ces bouts de chou doivent faire face à l’a priori de leurs parents, souvent déprimés à l’idée de les voir porter des lunettes. Ils sont également soumis aux moqueries de leurs camarades d’école, le cliché habituel que tout le monde connaît… J’ai dessiné des lunettes qui sont en rapport très étroit avec la collection adulte, l’objectif étant de sublimer toutes les frimousses tout en veillant à préserver les traits de l’enfance.

Je me souviens d’une petite fille qui venait d’acquérir des lunettes Caroline Abram, elle était tellement heureuse ! Lorsqu’elle est arrivée à l’école, toutes ses camarades de classe l’ont admiré et ont voulu prendre rendez-vous chez l’ophtalmologiste. C’était comme si j’avais vendu des chaussures à talons : elle avait un objet qu’elle désirait absolument. C’est ce genre de situation que je veux créer. On ne doit plus se moquer de ces petites filles qui portent des lunettes… elles sont tellement jolies !

Que préférez-vous dans le métier d'opticien, et dans celui de designer ?

En tant qu’opticienne, j’adore acheter des lunettes ! J’admire le travail des marques qui m’étonnent toujours par leur créativité. Découvrir leurs nouvelles collections est un véritable plaisir… C’est comme aller faire du shopping et être surprise à chaque rayon.
En ce qui concerne le métier de designer, j’aime le moment très excitant où je sais que je touche quelque chose pour une nouvelle collection… Ensuite, je me lance !

Pour quelle raison cette sublimation de la femme vous tient-elle autant à cœur ?

C’est tout simplement une passion, ça correspond à ma personnalité. Tout le monde s’est toujours moqué de moi car depuis toute petite je recherche la coordination. Je n’ai jamais suivi une tendance pour la suivre. J’ai bien sûr probablement été influencée inconsciemment – nous le sommes tous par les images que nous voyons au quotidien – mais j’ai toujours eu mon propre style.

J’achète aussi bien des pièces haut de gamme que des pièces moins chères, je peux porter une paire de Stan Smith comme une robe très élégante, des vêtements moulants comme évasés… J’aime jouer à la fille ! J’ai toujours été très attirée par les années 60. Les femmes ressemblaient à des poupées, elles étaient toujours bien coiffées et habillées, elles portaient des couleurs chatoyantes, des bustiers… La carte de la féminité était jouée à fond ! Mon attrait pour le face-à-main vient d’ailleurs de cette époque. Il est associé à un geste plein d’élégance derrière lequel se trouve une véritable appréhension de l’objet accessoire.

Que pouvons-nous vous souhaiter de mieux pour la suite ?

Un enthousiasme toujours croissant de la part des opticiens qui achètent mes lunettes ! Tout ce que je souhaite c’est de pouvoir les surprendre autant que j’aime être surprise. Lorsque je conçois mes collections, je me projette vraiment, j’essaye de me mettre à la place de l’acheteur et de me demander si c’est assez. On se plaint souvent que je propose trop de choses ! Moi, en tant qu’opticienne, ça m’exciterait ! Je suis une femme après tout, j’aime avoir le choix ! (rires)

INTERVIEW D’AUDREY ICHAI, GÉRANTE DE L’ARBRE À LUNETTES À PARIS (15/09)

« Habillez votre regard autrement » c’est la promesse d’Audrey Ichai, gérante de L’arbre à lunettes, un magasin à l’image de sa grande curiosité et de son exigence professionnelle.

Vous avez fêté les 5 ans de L’arbre à lunettes il y a peu, quelle est son histoire ?

J’ai toujours voulu être opticienne et ouvrir ma boutique, pour avoir mon espace et ma propre façon de faire. Cela fait 25 ans que j’exerce le métier, en magasin, en école, dans des chaînes ou des boutiques indépendantes. Au retour de mon congé maternité, on m’a proposé de reprendre ce magasin, c’était une bonne opportunité. Je le considère comme un lieu de vie, de convivialité où j’organise aussi des expositions, des vernissages.

C’est chez Annette Hoffmann que j’ai découvert la lunetterie créateur, ce fut une révélation. Il n’était plus question de revenir en arrière après cela.
Il est indispensable pour moi que les lunettes soient bien conçues, que les matériaux ne vieillissent pas. La monture doit être un véritable support pour les verres d’un point de vue technique. Cette précision-là, on ne la trouve pas chez les marques griffées mais chez les créateurs.

Aussi, mon travail repose beaucoup sur le conseil. Tout est en tiroir et je propose des choses selon la physionomie, le style. Au final, je parle au moins 15 minutes d’abord avec mes clients avant même de sortir la première paire de lunettes !

Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs en quoi le SILMO est essentiel pour votre profession ?

C’est un salon qui rassemble les professionnels de l’optique et de la lunetterie. En se baladant dans les allées on tombe sur des choses formidables, comme un petit lunetier italien dont on n’aurait jamais entendu parler autrement parce qu’il n’a pas de budget marketing, par exemple.
Je pense aussi aux fournisseurs de lunettes enfants qui ne démarchent pas en magasin, et qu’on découvre uniquement en allant au SILMO.
On peut aussi poser des questions techniques aux verriers en direct, certains stands proposent des mini-formations pour apprendre des techniques inédites, c’est très important d’y aller.

Depuis que je suis gérante, j’ai besoin de découvrir de nouveaux fournisseurs, de faire le point sur ce que je sais ou ce que je ne sais pas. Quand on est employé, c’est plutôt un moment de fête ! J’ai beau être dans le métier depuis longtemps, je découvre toujours de nouvelles choses et je suis épatée tous les ans.

Quand est-ce que vos trouvailles du SILMO seront disponibles en magasin pour vos clients ?

Cela dépend des fournisseurs. Certains auront entre 3 et 6 mois de délai, d’autres les ont déjà en stock au moment du salon.

Quelles sont les marques que vous avez découvertes sur ce salon ?

Il s’agissait de designers que j’avais déjà repérés sur internet et que j’ai voulu rencontrer. Je pense notamment à la marque Clan, un créateur italien au style urbain. Une autre fabrication italienne, celle de la maison familiale LIÒ. Jusqu’au-boutistes, ils assortissent les étuis aux lunettes ; si la monture est en perles, l’étui le sera aussi. Le tout à des prix raisonnables.

Je fais partie du jury du SILMO et l’année dernière j’ai découvert par ce biais Blake Kuwahara qui fait un travail exceptionnel ! Un autre lunetier confidentiel : Xavier Derôme qui fait toujours des lunettes splendides…

À qui allez-vous rendre visite cette année ?

Nous sommes un petit magasin et nous avons d’ores et déjà beaucoup de marques. L’année dernière nous en avons fait rentrer trois et c’est un gros travail. Les créateurs avec lesquels nous travaillons proposent toujours de nouvelles choses, ils savent se renouveler, créer la surprise. Je suis très contente de travailler avec Face à Face, Anne et Valentin ou encore Traction Productions par exemple. Avec ces créateurs j’ai une très belle palette de styles.
Cette année je serai à l’affût de lunettes pour enfants.

Pour en savoir plus : www.lunettes-originales.fr