L'essentiel de l'optique n°8

Publié le par Caroline Duani - mis à jour le

SILMO-Paris : L'incroyable village 

Il faut imaginer les premières discussions entre les deux hommes : le vieil industriel à l’œil pétillant de malice, qui fut entre autre l’artisan de la création de BBGR en 1974, et le jeune lunetier parisien au look écolo-rock qu’on dirait sorti tout droit d’un film de son ami Wim Wenders. Le premier ne dit jamais : « lunetterie ». De sa voix profonde et grasseyante, il prononce « lun’trie », comme pour donner au mot encore plus de vigueur. Le second ne dit jamais « les lunettes» mais « la lunette » : comme objet singulier, sans cesse à interroger.

On reconnaît à ce même feu qui les anime les deux interlocuteurs : Guy Charlot, le charismatique président du SILMO (1993-2011), et Alain Mikli, le trublion de la mode. Ce dernier s’est fait connaître au cours des années 80 par les publicités en 4x3 les plus drôles du secteur : « Mieux vaut être belle et myope que myope »… Humour décalé, donc créatif : les deux hommes étaient faits pour s’entendre.

Ce qui les anime tient en fait du miracle : la rencontre fortuite d’une orthèse médicale et de l’univers de la mode. C’est vers la fin des années 60 que s’est opérée la jonction. A l’époque, le port du chapeau tombe en désuétude. Les mannequins, lors des défilés de Haute-Couture, vont désormais tête nue. Mais les stylistes estiment qu’il manque quelque chose à la silhouette. Ce seront les lunettes qui vont « accessoiriser » les défilés de mode et apporter la touche finale. Et bien vite les lunettes ne se cantonnent plus aux podiums des présentations ; elles gagnent la rue. Dès 1972 Les Lunettes Lafont créent des séries spéciales pour Chanel et Hermès. Les griffes veulent se diversifier, et la lunette s’impose comme l’une des extensions de marque les plus légitimes. L’esprit « créateur » commence à prendre de l’ampleur, métamorphosant l’image même du produit. C’est d’autant plus facile que le développement des acétates permet des couleurs et des audaces graphiques jusqu’alors inconnues. Il faut aussi souligner l’importance des progrès réalisés en matière de verres ophtalmiques : car si les industriels n’avaient pas inventé des verres plus fins, plus transparents, permettant une restitution de plus en plus fidèle du regard, jamais le développement de la mode lunetière n’eut été envisageable. On ne parle pas de mode avec des « culs de bouteille », comme on disait alors ! De sorte qu’il faut voir, dans cette irruption des lunettes sur la scène de la mode internationale, le couronnement de la filière dans son ensemble.

C’est ce que la profession, grâce à son salon, a pu anticiper, a pu imaginer et a su concrétiser. Déjà la première édition de 1967, lorsque le salon ne s’appelait pas encore le SILMO et se tenait à Oyonnax, avait présenté le premier défilé de mode consacré à la lunette. C’est dire combien la mode et la création sont depuis l’origine inscrites dans les gènes de la manifestation.

Aussi était-il naturel que ce soit encore le SILMO qui annonce une première mondiale. En 1996, Guy Charlot et les organisateurs du salon semblent avoir trouvé la formule : ce sera le Village (prononcer « Vilèj’ », à l’américaine). Le rassemblement, en un lieu précis du salon, de tout ce que l’optique-lunetterie mondiale compte de style, d’audace et de créativité. C’est aussi l’acte de baptême d’un mouvement déjà très important au sein de la filière : dans le sillage d’Alain Mikli ont émergé une myriade de lunetiers « créateurs » : Anne & Valentin, Théo, Frédéric Beausoleil, IC Berlin, … Un vent de poésie et d’imagination souffle sur les linéaires. Le design ne va pas tarder à entrer en scène à son tour, avec notamment le travail de Philippe Stark pour Alain Mikli, afin de porter l’objet lunette plus loin encore que la mode : vers la magie de l’intemporel. Il y en aura décidément pour tous les goûts.

Unité de lieu, unité de temps : le Village, au sein du SILMO, c’est le chaudron magique. Ici s’opère chaque année la synthèse de ce qui se fait de mieux en matière de lunetterie de création. Dans un environnement particulièrement soigné propre à inspirer l’architecture intérieure des nouveaux points de vente, la quintessence de l’offre innovante est là, rayonnante d’une inventivité chaque année renouvelée. Si le temps des folles extravagances semble un peu passé, il se trouve toujours un nouvel acteur pour en porter la flamme. Le Village a su créer au fil du temps un événement dans l’événement. Si les modèles se sont assagis, se souciant davantage d’ergonomie et de confort, les progrès de la technologie permettent des combinaisons de couleurs et de matières tout à fait saisissants. Les audaces, pour être plus intérieures, plus discrètes, n’en sont pas moins réelles. Le Village, comme l’ensemble du SILMO, c’est le laboratoire, la pointe avancée de l’industrie lunetière. L’endroit qui donne le la des saisons à venir. Il faut venir y fouiller, se perdre dans son fourmillement, y dénicher la collection qui demain fera fureur chez vous et vous attirera les clients exigeants, soucieux de leur apparence, en quête de produits personnels. Et dans l’émotion de la découverte de tant de produits d’exception, c’est l’amour du métier à l’état le plus pur qui vous saisit soudain.

Gérard LARNAC
L’Essentiel de l’Optique

RENDEZ-VOUS DU 6 AU 9 OCTOBRE POUR UNE EDITION EXCEPTIONNELLE