L'essentiel de l'optique n°1

Publié le par Caroline Duani - mis à jour le

SILMO 67 : la création d’un véritable « esprit de filière »

Du 24 au 30 mai 1967, le Salon international des plastiques qui se tient chaque année à Oyonnax accueille des nouveaux venus dans une section « Lunetterie ».  70 exposants dont neuf internationaux. On trouve là l’ASNAV, Asselin-Briot (devenu Briot), Berthet-Bondet, Bollé, Bourgeois, Buffard, Calamand, Crestin-Billet & Fils, ESSEL (devenu ESSILOR), Grasset, Guilbert Routit (devenu BBGR), L’Amy, Les Fils d’Aimé Lamy (devenu Traction Production), Lux de Morez, Marius Morel, Pittion Max, Plastinax, Rege, Société Industrielle de Lunetterie (devenue ESSILOR), Sovirel (devenu Corning), Weco.

A l’époque le syndicat unique UNSOF (Union nationale des Opticiens de France) tente de fédérer les nombreuses initiatives locales. Il faut organiser la profession, instituer une formation diplômante digne de ce nom et défendre une filière traditionnellement discrète qui n’a pas l’oreille des Pouvoirs publics.

Le salon professionnel va avoir vocation à rassembler les tribus de l’optique au-delà des clivages. La France compte alors 3 800 points de vente optiques. Si la majorité du parc est tenue par 2 800 opticiens, de nombreux pharmaciens et bijoutiers-horlogers comptent également parmi les acteurs de la profession. L’optique est également vendue dans les grands magasins. L’extrême hétérogénéité du métier se double d’une réglementation en creux qui, par une loi de Vichy qui remonte à la veille du débarquement de juin 44, ne définit le cadre d’exercice de l’opticien que par ce qu’il lui est interdit. L’opticien est avant tout un professionnel « qui n’a pas le droit de… ».

Pour autant l’objet lunette évolue plus vite que la profession. Il devient un accessoire de la vie moderne. En 1967, Georges Lissac a déjà inventé depuis longtemps le premier méga-store de l’optique avec son immeuble de trois étages rue de Rivoli (1939), ainsi que la réclame. La première centrale d’achat a vu le jour en 1959, c’est la Sacol : Société d’Achat Commun d’Opticien Lunetier. Gadol (Groupement d’Achats des Opticiens Lunetiers) naît en 1962 et donnera naissance à Optic 2000 en 1969. La Guilde des Lunetiers de France, future enseigne Krys, ose inventer en 1964  l’optique en libre-service : finit les lunettes en tiroirs et les « ventes au comptoir », place aux présentoirs tentateurs et aux vitrines. L’optique ne se cache plus.  Le commerce prendra définitivement le pas sur les blouses blanches avec l’arrivée d’Alain Afflelou  et sa publicité de 1978 : « La moitié de votre monture à l’œil ». Du coup, déjà, la réaction des média ne se fait pas attendre. Le magazine Que choisir ? attaque bille en tête le prix des lunettes, et les ophtalmologistes eux-mêmes dénoncent des profits indécents…

Mais en 1967 nous n’en sommes pas encore tout à fait là. Dans une société en pleine mutation, entre une réglementation a minima et une profession hétérogène à l’extrême, l’optique-lunetterie est écartelée entre technicité et marketing. Plusieurs facteurs vont s’avérer essentiels pour la filière : l’innovation, incarnée par la mise au point progressive du Varilux, qui va orienter le secteur vers une filière high-tech de santé visuelle, est le complément indispensable à la promotion de la lunetterie comme accessoire de mode (arrivée des griffes, défilés, « total look »). C’est dans ce contexte que le salon va devenir le point de convergence de toutes les diverses communautés de l’optique. Le catalyseur où va se forger un véritable « esprit de filière ».

Fort de son premier succès, le salon veut voler de ses propres ailes en créant un événement annuel consacré à part entière aux productions optiques et lunetières. Ce sera le SILMO (Salon International de la lunetterie, de l’optique oculaire et du matériel pour opticiens). Le succès sera tel, aimait à raconter Guy Charlot, Président du salon de 1993 à 2011, que les exposants pouvaient se permettre de fermer à l’heure du déjeuner, pendant que les files des clients internationaux s’allongeaient patiemment devant les stands !

Cependant la ville d’Oyonnax s’avère rapidement trop excentrée pour les visiteurs internationaux, de plus en plus attirés par le salon français. En 1970, alors que la création du MIDO (Mostra Internazionale di Occhialeira) fait craindre la concurrence italienne, le SILMO va alterner entre Paris et Oyonnax. Lyon en 1980 est une édition vite oubliée et signe le retour définitif sur Paris. Façon de s’imposer dans le concert des grands salons internationaux.

En tenant désormais salon au cœur de la capitale, le SILMO prend son envol… (à suivre)

Gérard LARNAC
L’Essentiel de l’Optique

 

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